Une malformation cérébrale mal connue mise en lumière : retour sur une étude croisant imagerie, anatomopathologie et génétique moléculaire avec le Dr Fabien HO
L’articulation complexe entre le dépistage et diagnostic d’une malformation foetale
Lors du suivi de la grossesse, lorsqu’une anomalie est découverte sur l’échographie de dépistage, que se passe-t’il ?
Le dépistage des malformations foetales reste un défi quotidien pour votre échographiste radiologue, gynécologue-obstétricien ou sage-femme, du fait de la très grande variété des malformations et de la rareté de chacune d’entre elles. En cas d’anomalie, vous sortez du dépistage organisé classique des 3 échographies de grossesse du 1er, 2e et 3e trimestre. Votre médecin vous oriente alors vers le Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal de votre région, qui regroupe des obstétriciens, pédiatres, généticiens, radiologues, chirurgiens souvent spécialisés en médecine foetale et périnatale.
Si certaines anomalies comme la trisomie 21 sont bien connues et souvent dépistées grâce aux protocoles établis, d’autres échappent encore aux radars car peu décrites dans la littérature médicale.
La recherche avance parfois par hasard au gré des cas rencontrés par les professionnels. C’est ce qui est arrivé au Dr Fabien Ho, Radiologue au centre d’imagerie médicale du Capricorne, à l’île de la Réunion, ainsi qu’à ses collaborateurs.
Le parcours singulier du Dr Ho et sa collaboration avec les Centres Pluridisciplinaires de Diagnostic Prénatal (CPDPN)
Originaire de La Réunion, le Dr Fabien Ho a suivi la 1ère année des études médicales sur l’île, avant de poursuivre ses études à Bordeaux, puis d’intégrer l’internat de radiologie de la subdivision océan Indien, partagé entre le CHU de Bordeaux et le CHU de La Réunion. Sur les 10 semaines d’internat, 8 étaient consacrés à la radiologie, organe par organe, et 2 étaient des semestres libres hors radiologie.
Lors d’un semestre libre en génétique clinique, il découvre une discipline transversale, une grande variété de maladies rares, dont certaines visibles in utéro. Le rapport au patient est alors le foetus et à ses parents, et parfois à leur familles respectives dans le cas des maladies héréditaires.
Il se passionne alors pour un domaine qui ne fait pas partie du tronc commun de l’internat de radiologie : l’imagerie prénatale.
Membre du CPDPN de la Réunion, il collabore régulièrement avec d’autres médecins radiologues et foetopathologistes membres des CPDPN de Lyon, et parfois de Paris, renforçant une dynamique interrégionale, rendue nécessaire par la rareté de certaines pathologies.
« Ce métier m’apporte une ouverture d’esprit unique : on devient témoin privilégié de tellement de façons différentes d’entrer dans ce monde. Parfois là ou les malformation(s) sont compatibles avec la vie, et ce sont alors des êtres humains différents des autres, cela peut se voir de l’extérieur comme pas, mais nous, en imagerie nous « avons l’oeil » comme on dit… Parfois, là ou les malformation(s) sont léthales, c’est triste mais c’est ainsi, et notre rôle au CPDPN est d’apprécier le risque de récidive pour une futre grossesse, et pour ce faire, il faut un bon diagnostic d’abord. » confie-t-il.
Une découverte inattendue… une malformation cérébrale rare : la diencephalosynapsis
En 2021, lors d’une IRM foetale d’une patiente suivie par son confrère obstétricien le Dr Fabrice Cuillier, le Dr Ho rencontre un aspect atypique du cerveau, difficile à classer. Après échanges avec le Dr Sara Cabet et le Pr Laurent Guibaud, radiologues du CPDPN de Lyon, l’équipe établit le lien avec une entité rare peu étudiée, et décrite pour la 1ere fois en 2002 : le « diencephalo-synapsis ».
Cette anomalie concerne le diencéphale, une région au centre du cerveau, qui contient les deux thalamus,
Le mot « synapsis » fait référence à une fusion anormale de structures cérébrales, ici une fusion des deux thalamus.
Cette fusion perturbe l’écoulement du liquide céphalorachidien (LCR), et c’est souvent cette anomalie du liquide qui sert de point d’appel au diagnostic en imagerie.
Deux scénarios sont habituellement envisagés en cas de difficulté d’écoulement du LCR :
- Soit une origine dite classique, c’est-à-dire par destruction d’une structure, souvent secondaire à une infection ou à un AVC in utero (par exemple un saignement dans les ventricules formant un caillot obstruant le canal d’écoulement du LCR) ;
- Soit une origine dite malformative, avec une malformation cérébrale perturbant l’écoulement du LCR, comme c’est le cas ici.
Le diencephalosynapsis n’est pas fréquent, mais semble sous-diagnostiqué, car peu connu, peu décrit, et souvent confondu avec d’autres pathologies. L’histoire naturelle de cette malformation n’est pas bien comprise.
L’étude réalisée a permis de colliger des cas similaires dans d’autres régions de France au cours des dernières années, et a permis de croiser des données d’imagerie, d’anatomopathologie et de génétique pour mieux mieux la comprendre.
Elle a fait intervenir des médecins de la Réunion, de Lyon, de Paris et de Clermont Ferrand, tous membres de CPDPN.
Le travail a donné lieu à une publication intitulée « MPDZ Pathogenic Variants Cause Obstructive Ventriculomegaly Related to Diencephalosynapsis and Third Ventricle Atresia » dans la revue Genes.
Ce travail montre combien l’attention portée à ces cas rares est précieuse, car dans quelques temps, quelque part en France ou ailleurs, une famille peut se retrouver confrontée à la même problématique.