Derrière la mammographie, une médecine du lien et de l’écoute
« La sénologie, ce n’est pas de la radiologie »
Pour le Dr Olivier Granat, la sénologie dépasse largement le cadre technique de l’imagerie médicale.
« Ce n’est pas des mammographies qu’on interprète, c’est des femmes qu’on rencontre. »
Pour lui, cette discipline relève avant tout de la clinique : la palpation, l’écoute, l’échange. « Je préfère parler de sénologie plutôt que de mammographie. C’est une approche globale, un tout : examen clinique, échographie, diagnostic, suivi… »
Au fil des années, le radiologue s’est construit une pratique centrée sur la proximité avec ses patientes.
Il réalise lui-même la biopsie, l’annonce des résultats, et reste souvent en contact au-delà du diagnostic.
« Certaines patientes ont mon numéro direct. D’autres, je les suis depuis trente ans. Il s’est créé un lien de confiance absolu. »
Une spécialité humaine, exigeante et souvent méconnue
La sénologie demande autant de rigueur que d’intuition.
« Quand on entre dans une consultation de mammographie, on sait qu’on va y passer une heure : il faut examiner, rassurer, expliquer, parfois annoncer. C’est une spécialité clinique, pas seulement une lecture d’images. »
Une approche qui, selon lui, rebute parfois les jeunes générations.
« C’est une discipline exigeante, avec une forte pression morale et médico-légale. Peu de jeunes radiologues veulent autant de contact patient. Pourtant, c’est une médecine de terrain, comme la chirurgie. »
Le Dr Granat plaide pour une meilleure formation par compagnonnage, au plus près des spécialistes.
« La sénologie ne s’apprend pas que dans les livres. Il faut observer, pratiquer, comprendre les gestes, les réactions. Les jeunes doivent venir dans les centres, doubler les radiologues, se former à l’échographie. Jusqu’à 30% des cancers sont dépistés par l’échographie »
Redonner sa place à la psychologie
Dans le dépistage, la technique ne suffit pas.
« Une mammographie n’est jamais anodine : c’est un examen qui angoisse. »
D’où l’importance, selon lui, de la psychologie et de la pédagogie : « Il faut rassurer, expliquer, parfois détendre avec un peu d’humour. »
Il rappelle également le rôle essentiel des manipulateurs spécialisés en sénologie, qui savent adapter les gestes et les appareils pour limiter la douleur et apaiser les craintes.
L’intelligence artificielle : soutien, pas substitut
Sur la place de l’IA, le Dr Granat reste mesuré.
« La mammographie a été le terrain d’essai de l’IA, mais elle ne remplace pas le regard clinique. »
Pour lui, ces outils peuvent aider à prioriser les examens, voire à organiser des dépistages à distance, mais jamais à se substituer au jugement médical.
« L’IA n’a pas de valeur médico-légale : la responsabilité doit rester humaine, et surtout experte. » Elle ne doit pas trop sécuriser le radiologue. C’est une alliée pas un maitre ou un substitut.
Une vision optimiste du dépistage
Malgré les contraintes, le Dr Granat garde une vision positive du dépistage et d’Octobre Rose.
« Ce mois est essentiel : il remet le sujet au centre et rappelle que le dépistage sauve des vies. »
Selon lui, un cancer du sein détecté précocement peut souvent être guéri sans chimiothérapie.
« Dans nos centres, le taux de guérison dépasse 98 % pour les patientes suivies précocement. »
Une réalité qui résume sa philosophie : replacer l’humain au cœur de la technique.
« La sénologie, c’est avant tout un engagement clinique. »