Mammographie : l’autre urgence silencieuse
Un accès de plus en plus difficile
En 2025, la question n’est plus de savoir s’il faut se faire dépister, mais si l’on peut encore y parvenir dans les temps.
Derrière les campagnes de prévention et les ballons roses d’Octobre Rose, la réalité du terrain est tout autre : les délais pour obtenir un rendez-vous de mammographie s’allongent, parfois jusqu’à six mois.
« Il y a deux ou trois ans, la situation était stable », raconte le Dr Elise Neveu, une radiologue de l’Indre-et loire, du groupe GRIM. « Aujourd’hui, nous sommes passés de 2,5 à 5, voire 6 mois d’attente. »
La fermeture progressive de cabinets et le départ à la retraite de nombreux praticiens dans la région bouleversent la carte de l’offre en sénologie.
L’hôpital d’un département limitrophe ne pratique plus la mammographie, un cabinet de la même ville a fermé, et les patientes affluent désormais des départements voisins, saturant les plannings de ceux qui restent.
Une mission de santé publique fragilisée
« À quoi bon les tenues roses et les ballons roses, s’il n’y a pas de rendez-vous ? » lance-t-elle, lucide. Derrière la formule, une vraie inquiétude : comment continuer à remplir cette mission de santé publique essentielle, quand les moyens humains se raréfient ?
La sénologie est une spécialité exigeante, à la fois technique et profondément humaine.
« C’est une discipline qui engage : on est dans le suivi, dans la proximité, dans l’écoute », confie-t-elle.
Mais face à la pénurie de jeunes remplaçants et à la désaffection progressive pour cette spécialité, la charge repose sur des équipes de plus en plus restreintes.
« En libéral, on subit cette situation. »
Innover, former, tenir le cap
Malgré la pression, les équipes ne baissent pas les bras.
Le groupe continue d’innover : macrobiopsies sous IRM, angiomammographie, formation d’internes en imagerie de la femme… Autant d’initiatives qui témoignent d’un engagement fort pour maintenir une offre de qualité et préparer la relève.
Mais la radiologue l’admet : « On voit le ciel s’assombrir, et on a du mal à se dire que l’éclaircie arrive. »
Ni IA, ni téléimagerie ne remplaceront la présence
Alors que certaines patientes finissent par renoncer, la situation interroge : comment garantir l’accès au dépistage quand l’offre se réduit ?
Pour cette praticienne, la réponse passe par une meilleure répartition des professionnels :
« Il faut remettre des radiologues dans les départements voisins, sinon le système finira par craquer. »
Parce qu’au-delà des chiffres, chaque rendez-vous manqué est une chance perdue de diagnostiquer plus tôt et peut-être de sauver une vie.