Le secteur de l'imagerie médicale

•
Publié le 27 octobre 2026

Radiologue, et après ? Ces médecins qui s’engagent au-delà de l’examen – Dr Rasha Alani du groupe CIMI

audrey dumy 1600×750

Groupe CIMI : une expertise de référence portée par des radiologues engagés, à l’image du Dr Alani

Chaque mois d’octobre, le ruban rose rappelle l’enjeu du dépistage du cancer du sein. Pour les radiologues, en première ligne de ce combat, la campagne pose une question plus large : leur rôle s’arrête-t-il à l’examen ? Le Dr Rasha Alani, radiologue au sein du groupe CIMI, a choisi d’y répondre hors les murs.

Pour elle, être radiologue référent, c’est bien plus qu’interpréter des images. C’est mettre son expertise au service des patientes, accompagner ses confrères et faire progresser les pratiques. Elle porte cette vision au sein du groupe CIMI comme du réseau Simago. Spécialisé en imagerie de la femme, le CIMI est aujourd’hui un centre de référence : il reçoit des dossiers provenant de nombreux établissements, et de tout le territoire. « Cette expertise nous permet de prendre en charge des situations très variées », explique-t-elle. Cette expertise s’accompagne d’une volonté forte : partager largement les connaissances et les pratiques acquises avec les médecins correspondants.

Encore fallait-il trouver le bon format. Plutôt que de multiplier les échanges individuels, parfois difficiles à organiser au cœur d’une activité soutenue, le CIMI a fait le choix du collectif : réunir, transmettre et échanger, en un même lieu et au même moment.

Octobre Rose, une soirée à la Mairie du XIIIème organisée par le groupe CIMI

«  La valeur d’un radiologue spécialisé ne se mesure pas uniquement à la qualité de son interprétation, mais aussi à sa capacité à inscrire son expertise dans une prise en charge cohérente, coordonnée et adaptée aux besoins des femmes… »  nous partage le Dr Alani.

Depuis plusieurs années, une fois par an, les équipes du CIMI invitent les médecins correspondants à se retrouver. On y présente des topos, on y discute des dossiers, on y partage un moment convivial. Ce rendez-vous est devenu, au fil des éditions, un espace de dialogue privilégié, qui renforce les liens avec les professionnels qui adressent leurs patientes au groupe.

Cette année, le rendez-vous change de dimension. Le groupe a choisi de profiter d’Octobre Rose pour en faire un temps de rencontre à la fois convivial et enrichissant, avec une résonance nouvelle et une mobilisation plus large. Pour un groupe dédié à l’imagerie de la femme, le thème s’imposait de lui-même : la pathologie mammaire. Le cercle s’est élargi en conséquence, et l’Assurance maladie comme l’Institut Fournier ont été conviés aux côtés des correspondants. « On se forme et on s’informe », résume la radiologue.

Mais la soirée a aussi une ambition très concrète : faire évoluer la prise en charge des femmes. L’exérèse par macro biopsie, que le CIMI réalise déjà, gagnerait à se développer. Réunir autour d’une même table des professionnels qui exercent dans des structures différentes, c’est se donner les moyens d’harmoniser les pratiques. L’objectif est donc de s’accorder collectivement sur les indications, puis d’échanger au cas par cas. Une façon de construire, ensemble, un parcours cohérent au service des patientes.

soirée cimi 3

Le dépistage organisé, vu du terrain

Octobre Rose a une raison d’être chiffrée. En France, moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé du cancer du sein. Le Dr Alani a voulu comprendre ce qui freinait celles qui ne viennent pas, et le dire à ceux qui peuvent agir.
Lorsque la responsable de l’épidémiologie de l’Assurance Maladie a souhaité observer la réalité du terrain, le CIMI s’est porté volontaire pour l’accueillir. Le modèle français compte parmi les plus solides, mais « il peut toujours être optimisé », insiste la radiologue. Les freins sont plus prosaïques qu’on ne l’imagine : des convocations qui n’arrivent jamais, des courriers égarés, ou une invitation déposée sur le compte Ameli que personne ne consulte. Le circuit postal ajoute son lot de lenteurs, avec trois semaines, parfois un mois, avant le retour de la seconde lecture. Certaines patientes finissent par contourner le dispositif.

La radiologue a pu exposer ces réalités sans filtre et avancer une piste simple : un rappel par SMS. Une idée modeste en apparence, mais qui pourrait ramener vers le dépistage des femmes que les affiches roses n’atteignent pas. Au-delà de la proposition, cette visite a rendu le groupe visible auprès d’interlocuteurs qui ont le pouvoir de faire bouger les lignes.

La santé des femmes, au-delà du sein

Octobre Rose met le sein en lumière, mais l’imagerie de la femme ne s’y résume pas, et c’est tout le sens de la démarche du CIMI, qui pense la prévention à chaque âge de la vie. Dans le sillage de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, les ARS ont demandé que chaque région organise une filière dédiée. Le Dr Alani y a trouvé bien plus qu’un cadre administratif. Ce sont des RCP partagées avec des collègues hospitaliers, un lien entretenu avec l’hôpital et une émulation clinique qui vient enrichir celle de son groupe. C’est aussi la preuve que le radiologue a sa place dans tout le parcours de soins des femmes.

Écrire, transmettre, grandir

L’expérience accumulée ouvre encore d’autres portes. Le Dr Alani participe aujourd’hui à la rédaction d’ouvrages professionnels aux côtés d’éditeurs. Son livre co-écrit avec le Dr Erick Petit, son confrère au sein du groupe CIMI et intitulé « Imagerie de l’endométriose » aux éditions Elsevier vient d’être lancé lors des JFR 2026. Elle en parle comme d’une « expérience très intéressante et formatrice » : « former les autres oblige déjà à se former soi-même. »

Cet esprit de transmission irrigue tout le groupe CIMI mais également le réseau Simago, ce duo, référents de l’endométriose, avait déjà organisé un webinaire sur l’endométriose à destination des radiologues du réseau.

Dans le réseau Simago, Octobre Rose sur tous les fronts

Le groupe CIMI n’est pas seul. Dans le réseau Simago, la campagne se décline en initiatives qui partagent un même élan. En Charente-Maritime, le projet Rose 17, porté par Dr Marc Legeais et Dr Camille Téoli du groupe IRSA par exemple. Rose 17 part d’un constat très concret : inviter les femmes à se faire dépister ne suffit pas si, derrière, prendre rendez-vous est compliqué. Avec la Ligue contre le Cancer – Comité de Charente-Maritime, le Groupe Hospitalier Littoral Atlantique et le Centre Hospitalier de Rochefort, le groupe IRSA a voulu agir sur ce frein très concret qu’est l’accès au rendez-vous. Une femme ne devrait pas avoir à multiplier les recherches pour savoir où elle peut réaliser sa mammographie de dépistage. Avec Rose 17, sont rendus visibles, en un seul endroit, les disponibilités existantes sur le territoire. Chaque établissement garde la maitrise de son organisation. Une belle illustration de ce que la coopération territoriale peut apporter aux patientes.

Des journées sans RDV sont organisées depuis des années dans les centres d’imagerie du réseau notamment par le groupe GRIM à Tours grâce à l’énergie des sénologues sur place, notamment le Dr Elise Neveu, des ateliers d’auto-palpation sont organisés dans les centres à Auxerre, les places de marchés pour des opérations en coopération avec les Mairies sont investies dans la ville d’Antony (92) ou encore des kilomètres sont parcourus par tous les collaborateurs du Réseau Simago pour soutenir chacun à leur manière Octobre Rose.

« Je suis gagnante aussi dans l’histoire »

Reste la question, incontournable, du temps. Le Dr Alani ne l’élude pas : « Oui, c’est du temps. Il faut s’organiser. » Mais elle en souligne aussitôt la contrepartie positive. Se limiter à ses vacations et reproduire les mêmes gestes, c’est risquer de s’enfermer dans la routine. Maintenir ses compétences à jour, suivre les évolutions et transmettre son savoir font aussi partie de sa propre formation. « Je suis gagnante aussi dans l’histoire. »

Sa philosophie tient en trois verbes : « Transmettre, partager et continuer à s’améliorer. » À cela s’ajoutent deux conditions : en avoir l’envie et être bien accompagné, pour « monter ensemble vers le haut ». Car le plaisir reste essentiel : « Il faut prendre du plaisir, et ce plaisir se voit ensuite dans la qualité du travail. » La transmission devient alors un enrichissement mutuel, qui nourrit les pratiques et donne davantage de sens aux vacations.

Octobre Rose ne dure qu’un mois, mais l’engagement du Dr Alani et ses médecins associés du groupe CIMI dépassent largement ce rendez-vous annuel. Prendre soin des femmes ne s’arrête ni au 31 octobre ni aux portes de la salle d’examen.