Soigner et dialoguer : le manifeste de Simago pour une médecine responsable et solidaire
Soigner et dialoguer : le manifeste de Simago pour une médecine responsable et solidaire
Du 5 au 15 janvier 2026, une nouvelle grève des médecins libéraux s’annonce.
Elle s’inscrit dans une séquence longue et tendue, marquée par les débats successifs autour des PLFSS, par des arbitrages budgétaires contestés et par un sentiment largement partagé au sein de la profession : celui d’un système de santé fragilisé, sous pression, et parfois en décalage avec les réalités du terrain.
Le PLFSS 2026 a été adopté. Amputé de ses articles les plus contestés, il n’en demeure pas moins porteur de signaux inquiétants pour l’avenir de l’offre de soins en France. C’est pourquoi, malgré ces ajustements, l’appel à la grève est maintenu par sept syndicats de médecins libéraux : pour continuer à alerter, à peser et à faire entendre une voix médicale responsable.
Refuser le simplisme, assumer la complexité
Au sein de Simago, dont le capital est détenu à 60% par les médecins radiologues, notre position est constante. Nous ne donnons pas de mot d’ordre. Nous ne brandissons pas de consignes uniformes dans un paysage médical qui ne l’est pas.
Pourquoi ? Parce que la réalité des territoires, des structures, des organisations et des équipes ne se décrète pas depuis un centre unique. Parce que l’exercice médical libéral repose sur la responsabilité individuelle autant que collective. Parce que la complexité du système de soins mérite autre chose que des réponses binaires.
Mais ne pas donner de mot d’ordre ne signifie pas rester silencieux.
Être solidaires, clairement et pleinement
Nous savons ce que ces projets de loi successifs engagent :
- l’attractivité des métiers médicaux,
- la pérennité économique des structures d’imagerie,
- la capacité à maintenir une offre de soins de qualité sur l’ensemble des territoires,
- l’équilibre fragile entre secteurs public et privé,
- et la solidarité interspécialités, indispensable à toute convention durable.
Ces enjeux dépassent largement une profession ou une spécialité. Ils concernent l’architecture même de notre système de santé.
C’est pourquoi nous affirmons notre solidarité avec les choix de nos associés médecins, quels qu’ils soient, dans le respect du cadre légal et des organisations locales.
C’est pourquoi nous nous engageons à accompagner concrètement les impacts organisationnels de ces décisions, avec nos équipes opérationnelles et Ressources Humaines, afin de traverser cette période avec clarté et sérénité.
Comprendre notre part de responsabilité
Défendre une médecine exigeante et accessible ne signifie pas ignorer les contraintes économiques du système de santé. Les professionnels de santé en sont pleinement conscients et assument leur part de responsabilité. Oui, des évolutions en matière d’organisation et d’efficience sont nécessaires. Mais elles ne peuvent être obtenues ni par des décisions unilatérales, ni par une dégradation de la qualité des soins.
Elles passent notamment par l’innovation, l’organisation et l’intelligence partagée : optimisation des parcours patients, meilleure coordination entre acteurs, usages pertinents du numérique et des outils d’imagerie, lutte contre les actes redondants ou inutiles. Autant de leviers déjà activés sur le terrain par les professionnels eux-mêmes.
L’efficience ne doit pas être opposée au soin. Elle en est une condition, dès lors qu’elle est pensée avec ceux qui soignent, au service des patients et des territoires. Le système de santé doit mieux utiliser ses ressources, non pas en faisant « plus avec moins » au détriment du soin, mais en faisant mieux autrement.
Dépasser les blocages, ouvrir une voie responsable
La transformation du système de santé ne peut se limiter à des ajustements budgétaires. Elle suppose aussi de dépasser certains débats et postures hérités d’un autre contexte, qui freinent encore l’optimisation des parcours de soins.
Qu’il s’agisse du partage structuré de l’information médicale, du numérique en santé, de la coordination entre professionnels ou de l’organisation collective du soin, des résistances persistent. Elles s’expriment souvent par crainte — parfois légitime — pour l’éthique, la confidentialité ou l’indépendance professionnelle.
Ces principes doivent être protégés sans compromis. Mais ils ne peuvent justifier l’immobilisme. En tant qu’acteurs de soins, nous avons la responsabilité d’ouvrir une voie exigeante et moderne : une voie qui concilie innovation, sécurité des données, qualité des soins et confiance des patients.
C’est en dépassant les oppositions stériles et en assumant une responsabilité collective que les professionnels de santé resteront des interlocuteurs crédibles et force de proposition dans l’évolution du système de santé.
Nous croyons au dialogue constructif avec les autorités de santé, même lorsqu’il est difficile, même lorsqu’il est long.
Nous refusons les oppositions entre soignants et décideurs, entre public et privé, entre spécialités.
Tenir ensemble
Ceci n’est ni un appel, ni un refus. C’est une affirmation.
- Affirmation que la médecine ne peut être pensée uniquement sous l’angle budgétaire.
- Affirmation que la pression tarifaire continue fragilise l’offre de soins au lieu de la renforcer.
- Affirmation que les médecins, quelles que soient leurs décisions dans les jours à venir, agissent d’abord par engagement pour leurs patients et pour leur métier.
Chez Simago, nous continuerons à tenir cette ligne : écouter, accompagner, dialoguer, défendre une vision exigeante et réaliste de la santé en France.
Parce que soigner, aujourd’hui plus que jamais, c’est aussi prendre position. En conscience. En responsabilité. En solidarité.